• Le MRC doit être une boussole pour l'Europe

    Deuxième contribution présentée lors du congrès du MRC le 1er et 2 décembre 2018, en soutien de la motion 2, signée par Christian Hutin (député MRC du Nord) et Claude Nicolet.

     

    Le MRC doit être une boussole pour l'Europe

     

    Depuis plusieurs années, les citoyens de toute l'UE expriment leurs ressentiments à l'égard des institutions européennes. Cela s’est traduit dans les différentes élections par la montée de partis anti-immigration, "populistes" ou encore par le Brexit. En France, les plus grands partis politiques tergiversent sur la question européenne. Le MRC doit avoir sa feuille de route pour qu’il soit vu par les citoyens français comme une référence intellectuelle et politique.

     

    En France, l'esprit médiatique et politique a plutôt tendance à voir dans les derniers scrutins, au sein de l’Union européenne, un choix purement "identitaire" ou "nationaliste". Des commentateurs, régulièrement pro-UE, ont le même diagnostic pour chacun des votes suivants :

     

    - Le vote du Brexit au Royaume-Uni (sortie du pays de l'Union européenne)

    - Les élections générales italiennes de 2018 (victoire d'un parti "populiste" M5S et d'un parti

    d'extrême droite, la Lega)

    - Les élections législatives hongroises (victoire du conservateur libéral anti-immigration Viktor Orban)

    - Les élections législatives autrichiennes (victoire du conservateur anti-immigration Sebastian Kurz)

    - Les élections fédérales allemandes (avec la montée en puissance du parti populiste AFD)

     

    Selon les principales analyses, ces choix électoraux seraient principalement définis par une logique identitaire.

     

    Cette contribution ne va pas détailler le sens de chaque vote. Toutefois, comment peut-on

    penser que les Italiens ou les Britanniques ont fait ces choix-là parce qu'ils auraient été

    uniquement entraînés dans une propagande raciale, religieuse, pro-blanche ou pro-chrétienne ?

    Les raisons sont évidemment plus larges et profondes que la simple dimension identitaire.

    Les européistes estiment également que ces citoyens n’auraient pas saisi l’importance de chacune de ces élections. De fait, pour eux, ces citoyens n’auraient pas compris le sens de l’histoire, qui serait logiquement et nécessairement progressiste, libre-échangiste, libéral, pro-UE. 

     

    Les commentateurs et politiques pro-UE se confortent dans leur point de vue. Pour cela, ils méprisent les électeurs, forcément influencés, par exemple, par de méchants robots russes sur Internet. Des trolls russes qui iraient dicter une consigne de vote à des électeurs faibles et endoctrinés, jusqu’à placer le bulletin dans l’urne anglaise, allemande ou italienne. En effet, pour ces analystes, un raisonnement semble implacable : un électeur qui ferait un choix populiste ou anti-UE ne peut être que contaminé par un agent extérieur. La beauté de l’UE ne peut conduire un électeur à aller contre le sens de l’histoire imposée.

     

    Pour ces mêmes zélotes pro-UE, il n’est en outre pas sérieux qu’un électeur pro-UE (contre le Brexit, pro-Angela Merkel ou Pro-Matteo Renzi) soit lui-même influencé par un agent extérieur. Cet électeur-là a compris le sens de l’histoire, est forcément raisonnable et a, par conséquent, voté convenablement. Vous l’avez donc compris, il y a deux catégories électeurs :

     

    - Les faibles et influençables, qui votent en faveur des populistes. Pour les européistes, toutes les critiques sur le libéralisme et l’UE, qu’elles émanent de la gauche ou de la droite, sont dans un même sac populiste (Podemos, La France insoumise, le Rassemblement national, l’AFD, la Lega, le Mouvement 5 étoiles, Ukip, Le Parti travailliste britannique mené par Jeremy Corbyn, etc.)

    - Les raisonnables et sérieux, qui ne se laissent pas tenter par les alternatives, que ce soit le modèle de l’austérité ou celui de l’UE.

     

    Ce point de vue évite soigneusement de saisir en détail le pourquoi du comment de la contestation des citoyens de l'Union européenne, de comprendre le malaise de ces citoyens vis-à-vis de politiques dictées par-dessus leur démocratie. 

    Des commentateurs, que le système politico-médiatique classe généralement parmi les progressistes, évitent de considérer qu'il y a, en réalité, dans tous ces votes, une contestation radicale de choix opérés par l'Union européenne ou par son vaisseau amiral, l'Allemagne. Les causes de ces votes sont de fait nombreuses : la politique d'immigration de l'UE, le choix inconsidéré de la chancelière Angela Merkel de l'ouverture des frontières allemandes aux migrants entre 2015 et 2016, les politiques d'austérité imposées par l'Allemagne et l'ex-Troïka (BCE, Commission européenne, FMI), l’échec de l’euro dans le pouvoir d’achat, etc.

    Ainsi, ces mêmes commentateurs félicitent la politique d'immigration d'Angela Merkel, oubliant qu'elle avait un dessein économique (la mise en place d'une concurrence salariale entre l'Allemand et le migrant) et provoqué un choc culturel (les actes à Cologne - et dans d'autres villes - d'agressions sexuelles lors de grands événements). Les Français qui osent s'attaquer à cette "générosité" allemande sont taxés de "passéistes", de "nationalistes", de "fachos", etc. Coïncidence ? Les plus fervents supporters d'Angela Merkel et de sa politique d’accueil entre 2015 et 2016, sont aussi les supporters les plus enthousiastes de l'Union européenne et du capitalisme libéral, à l’image du patronat allemand (BDI) et français (Medef).

     

    Toute critique de l'UE, de sa politique d'ouverture économique ou de sa politique migratoire est considérée comme "extrémiste". N'entend-on pas souvent ces prédicateurs de l'UE, tel le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, insister sur l'erreur des peuples lorsqu'ils choisissent une destinée qui contreviendrait à la construction européenne ? 

    L'UE impose son modèle, ses choix et l'Allemagne pilote. Toute entrave à ce mécanisme est vue, par la majorité des commentateurs et politiques libéraux, comme une menace. L'UE et l'Allemagne sont ainsi logiquement assimilées au progrès et à la paix ; le choix eurosceptique et eurocritique est, quant à lui, une régression, une déclaration de guerre. Ce matraquage idéologique imprègne et permet de battre en brèche toute volonté de s'écarter du discours convenu. Les débats médiatiques sont démonstratifs : un politique pro-UE, qui tiendrait un discours conforme - même si celui-ci sera teinté d'un peu de social - sera protégé par une bienveillance médiatique. Exemple typique : Benoit Hamon était lui-même vu comme un progressiste en 2017 et avait reçu le soutien d'une certaine classe généralement bourgeoise car, malgré sa légère volonté d'installer une Europe plus sociale, il restait dans le cadre pro-UE, absolument attaché à ses institutions et à son fonctionnement.

     

    A l'inverse, l'UPR, le seul parti durant l’élection présidentielle à souhaiter un "Frexit", c'est à dire une sortie de la France de l'UE, fut ringardisé au plus haut point. Par voie de conséquence, quelle est la place du MRC dans tout cela ? La place du pro-UE, recherchant une bienveillance de la part des autres partis et du système médiatique ou la place du "ringard" anti-UE ? A cette question, le MRC n'a pas à tenir une position radicale.

     

    Comme nous le montrerons ci-après, le MRC ne peut effectivement tenir une position aussi extrême que l'UPR, qui a le Frexit comme seul cadre de pensée politique. En revanche, son "logiciel" fin et rigoureux, médiatisé par la voie de Jean-Pierre Chevènement, a dévoilé que ses analyses sur la construction européenne se sont malheureusement révélées exactes (précarisation du marché du travail, poids de l'euro comme monnaie unique sur la croissance et les exportations, atlantisme effréné dans la politique étrangère, etc.). L’enjeu de l’UE, comme démontré par nos voisins européens lors des scrutins, doit obliger le MRC à prendre des positions fortes et de les considérer comme essentielles avant toute alliance politique.

     

    Ainsi, pourquoi le Frexit ne serait-il pas un acte fort et courageux pour le MRC ?

     

    Electoralement, adopter une posture démagogique Frexit serait une erreur stratégique. Les Français restent réticents à toute sortie immédiate des institutions européennes. Si les citoyens ont conscience que la situation française se dégrade économiquement, ils ont aussi conscience que celle-ci reste supérieure à celle de ses voisins (à l’exception de l'Allemagne). Il en est de même pour une posture de sortie immédiate de l'euro, vu comme un choix extrême et dangereux. Les Français eurocritiques préfèreraient, à juste titre, une voie médiane et réfléchie.

     

    Le MRC doit respecter la voie républicaine, spécifique à la France, celle d'une réflexion sur une alternative. La construction européenne a pris le mauvais embranchement. Le peuple a d'ailleurs averti l'Etat de cette dérive par son vote "non" au traité constitutionnel de 2005.

    Le "logiciel" initial du MRC doit être repris et alimenté. Toute nouvelle intégration de la France au sein de l'UE doit être combattue : création d'un ministère des finances commun pour la zone euro, effacement de l'indépendance militaire française au profit de l'Otan, transfert du siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l'ONU au profit de l'UE, primauté du droit européen par la CJUE, la CEDH, soumission de la France aux tribunaux arbitraux via les traités libre-échangistes (Ceta notamment) voulus par l’UE, etc.

     

    Le MRC doit ainsi regarder en face les obstacles au bon fonctionnement de l'UE et rester sur cette ligne : L'euro est-il un problème pour l'économie française ? Evidemment oui. Unanimement, les économistes approuvent qu'un euro trop fort, calqué sur le Mark allemand, limite la capacité d'exportations de la France. La sortie de l'euro peut-elle être un pilier du programme européen du MRC ? A l'évidence, non.

     

     

    En revanche, la réflexion crédible, permettant de faire évoluer une monnaie unique en monnaie commune, parait particulièrement pertinente. Préserver l’euro – dans une dimension certes différente - c’est non seulement rassurer les peuples européens que certains Etats souhaitent s’allier et maintenir une coopération, mais c’est aussi consolider la place de la France dans une construction européenne, qui se ferait pas à pas. Des économistes se sont déjà penchés sur

    le sujet, le MRC devrait s'appuyer sur leurs travaux. Certains membres du MRC ont déjà contribué pour cette idée. Poursuivons-là ! Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, propose par exemple un euro-flexible.

     

    Car, aujourd’hui, l’UE se dessine trois destinées :

     

    - son implosion faute de cohérence politique et d’homogénéité économique (voie possible)

    - sa préservation au détriment de la démocratie. La main de fer de l’UE imposerait aux nations les diktats des lobbies et du marché (voie actuelle)

    - Son bouleversement en réécrivant les traités, déchirant certains accords, et reformulant un ou plusieurs projets politiques et économiques cohérents (voie du MRC)

     

    Si les Union-européistes veulent toujours plus d'Europe, entendez par là une Europe fédérale - ou les Etats-Unis d'Europe pour reprendre les termes de l'ex-allié d'Emmanuel Macron, Martin Schulz - la France et le MRC doivent proposer l'Europe des nations, qui a permis plusieurs succès (Ariane ou Airbus). Une Europe à la carte qui n'exclut ni la Russie, ni les pays du Maghreb pour certaines politiques (migratoires notamment). En effet, qui peut aujourd'hui dire, avec force, que Schengen, la diplomatie unique de l'U.E. et l'Euro ne sont pas des échecs ?

     

    L’Europe qui marche, c’est celle d'un programme entre plusieurs pays, à géométrie variable, ne forçant aucun autre à s’impliquer dans une ambition qui ne le concernerait pas. L'Europe qui marche c'est celle qui considère la nation comme le cadre de la démocratie, et non une UE qui dicterait son schéma sous peine de sanctions supranationales. A ce titre, le Portugal, pays en pleine crise depuis 2008, a démocratiquement tourné le dos aux consignes d’austérité et de privatisations depuis novembre 2015. Le Portugal, sous perfusion et tutorat bruxellois, prenait alors le risque de se faire sanctionner par la Commission européenne, en réinvestissant massivement, s’endettant davantage pour relancer la consommation. Si aujourd'hui le Portugal se relève et n'a presque plus de déficit budgétaire, son économie reste fragile du fait des bas salaires.

     

    Toutefois, cela démontre qu'une orientation qui va à l’encontre de toutes les préconisations libérales voulues par l’UE - et actuellement mises en place dans l’ensemble de la zone -  reste possible et la France peut mener cette bataille. La France pourrait être ce pilote européen pour une alternative, à condition de se démarquer courageusement de la technocratie européenne et du diktat du capitalisme libéral.  

     


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