• Le Brexit : un choix qui doit être respecté !

    La sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne a été actée, par référendum, à plus de 52% des voix et une participation massive à plus de 70%. Le peuple britannique a décidé... Sauf que les commentateurs et éditorialistes français ne comptent pas en rester là. Quitte à mépriser le vote ?

    Le Brexit : un choix qui doit être respecté

     

    Pour ou contre ? A vrai dire, peu importe. Les Britanniques eux seuls ont fait face à cette responsabilité. Il faut dire que le Royaume-Uni est une exception bien particulière dans cette Union Européenne. Intégré à celle-ci, il a pris soin de ne pas se risquer à entrer dans l'espace Schengen, ni à intégrer la monnaie unique, l'Euro. De ce constat, les partisans du maintien du Royaume-Uni dans l'U.E. pensaient, d'abord, au maintien de leur exception : celle de prendre part à toutes les décisions politiques, affectant l'espace européen, sans participer davantage à l'intégration. Un beau petit paradoxe que la majorité des commentaires en France éludent... Sauf peut-être quelques plumes à Marianne, Causeur ou La Tribune. Pourtant, l'exception britannique ne date pas d'aujourd'hui. Le Royaume-Uni et l'U.E., une histoire de "je t'aime moi non plus", depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

     

    L'ingérence des éditorialistes et commentateurs français dans le vote britannique

     

    Le "Brexit" n'est pas forcément une surprise au vu de l'histoire, et ce, malgré les commentaires acides, parfois nauséabonds d'éditorialistes.

    Globalement, ce "Brexit" est apprécié comme une erreur historique. La victoires de racistes et de xénophobes pour Bernard-Henri Lévy (source : Twitter). Ce philosophe politique (proche du pouvoir sarkozyste mais aussi du Parti Socialiste) est certainement aigri par son - énième - erreur d'analyse. Effectivement, il a proclamé la victoire du maintien de la Grande-Bretagne au sein de l'U.E., quelques heures avant le résultat final du référendum. Malgré toute sa colère et sa frustration, BHL n'a aucune légitimité pour annoncer que 52% d'un peuple voisin est "xénophobe" ou "raciste". Un vote se doit d'être respecté. C'est le propre des démocrates et des défenseurs de la République.

    Néanmoins, il est dans l'air du temps de mélanger tous les genres, que l'on soit en France, en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Il n'est pas bon de critiquer le fonctionnement de l'Union Européenne. Ceux qui osent souhaiter son changement (opacité des institutions, problème de démocratie interne, création de zones et mesures permettant l'évasion fiscale, etc.) ne seraient que des vilains fascistes, racistes, ignorants. Généralement, tous ces individus sont regroupés , de manière fallacieuse, selon ces mêmes commentateurs, dans la sphère des "souverainistes".  En roue libre, sur le plateau de "La Nouvelle Edition", l'éditorialiste Léa Salamé s'est permis - et sans contradicteurs, de lancer une petite pique gratuite après le vote du "Brexit" : "Il faut s'opposer aux souverainistes, aujourd'hui c'est la montée des souverainistes que ce soit Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon... Aujourd'hui la révolte populaire est souverainiste. Si on ne propose pas autre chose que ce souverainisme, ce sera fini." Diantre, la fin du monde est donc proche ? Nous pouvons tout de même rappeler que les projets de Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche, gauche radicale) et Marine Le Pen (Front National, extrême droite) sont assez différents. Le premier a un parti qui défend encore un fédéralisme européen quand la deuxième a une posture anti-européenne.  Egalement, il serait bon de rappeler, ici à Léa Salamé, que le terme "souverainiste" sous-entend la défense de la souveraineté nationale, c'est à dire - vulgairement - la démocratie...  Où est la finesse de l'analyse politique ? Pourquoi ces soi-disant experts tentent d'imprimer la confusion entre la gauche, la droite et l'extrême droite ? Le Français n'a donc pas le droit de tenter de comprendre les enjeux au Royaume-Uni ? Le Français n'a donc pas à savoir que, derrière le vote du "Brexit", il y a la contestation du fonctionnement du système européen ? Le Français n'a donc pas à savoir que le Royaume-Uni n'est pas ce fameux modèle, vanté par certains libéraux et sociaux-libéraux, où les contrats zéro heure prolifèrent (avec eux la précarité) ?

     

    Des analyses tout en poncifs et lieux communs

     

    Néanmoins, autant tirer la corde des clichés jusqu'au bout. Selon les commentaires, ce "Brexit" annoncerait la fin de la paix. Car il est bien connu que c'est l'Union Européenne, mise en forme avec le traité de Maastrich en 1992 et Schengen en 1995, soit il y a un peu plus de vingt ans, qui a créé la paix... Un non-sens historique. L'un des candidats à la présidentielle de 2017, Bastien Faudot, a eu cette formule juste et adéquate, reprise également par le centriste Jean-Louis Bourlanges : "Ce n'est pas l'Europe qui a fait la paix, mais la paix qui a fait l'Europe." Nous pourrions ajouter que c'est l'Union Européenne qui est en train de massacrer la paix en créant une zone de concurrence économique et faussée en son sein (par les travailleurs détachés notamment) et la création d'institutions supranationales (exemple : un gouvernement de non-élus, via la Commission européenne, qui se veut au-dessus des lois nationales de chaque pays). Par exemple, n'est-ce pas l'U.E. qui permet la concurrence faussée entre les agriculteurs français et les grosses industries agricoles allemandes ? N'est-ce pas l'U.E. qui a diligenté une enquête contre Intermarché pour avoir soutenu les éleveurs français, actuellement aux abois ?

    En fait, la presse est assez unanime : le "Brexit" est une faute, et l'heure est au catastrophisme. Cela va jusqu'à renier le recoupage d'informations, biaisant l'analyse de fond et de compréhension.

    D'une part, les journaux télévisés utilisent à profusion les micros-trottoirs. Ces interviews qui permettent à la direction de l'information d'une chaîne (parfois le journaliste directement) de sélectionner les personnes qui méritent de passer à la télévision. En ces jours, le constat est clair, si l'on s'en tient aux interviews diffusées dans nos JT : pour les uns, des Britanniques regrettant leur vote, affichant le masque terrible d'une peur... Pour les autres - ceux qui ont aussi le droit au micro - des Britanniques soutenant massivement le maintien du Royaume-Uni dans l'U.E. et, évidemment, inquiets. Les uns comme les autres dévoilent des visages, témoignant d'un avenir sombre pour l'Angleterre. Etrange toutefois, la plupart des interviewés étant Anglais. Or, l'Angleterre représentait plus de 55% du vote "Brexit" dans tout le Royaume...  Où sont, dans nos JT, ces Anglais qui ont réellement voté ce "Brexit" et l'assumant ? Il n'y en aurait donc plus aucun ? Pourtant, un récent sondage de "Comres" montre que seulement 1% des électeurs du "Brexit" étaient insatisfaits du résultat. Un sondage passé outre médiatiquement. D'ailleurs, selon ce même sondage, les Britanniques ne souhaiteraient pas un nouveau référendum. Toutefois, les médias reprennent systématiquement cette pétition demandant un deuxième vote. Elle serait devenue plus légitime que le référendum (le vote légal), lui-même, puisque signée par plus de 3,5 millions de Britanniques. Surprise journalistique, quel média audiovisuel, ou consensuel, est-allé voir le fondement de cette pétition ? Aucun (hormis quelques presses écrites comme Le Monde) n'est revenu sur la supercherie de cette pétition, que chaque habitant de cette planète (que l'on soit de France, d'Angleterre, de Suisse ou de Turquie) peut signer, et même à plusieurs reprises. En fait, les 3,5 millions de Britanniques sont peut-être simplement une centaine de citoyens de tous horizons... En langage informatique, on appelle cela un troll : une tentative, par une minorité, de créer une polémique et d'éviter le débat, pour remettre en cause le sens réel du vote.

    Enfin, certaines pointures journalistiques (faut-il les nommer...) ont tenté de diviser la nation britannique entre jeunes pro-U.E. et vieux anti-U.E. Oui, les jeunes ont davantage voté pour le maintien du pays dans l'Union Européenne. C'est un fait. Mais c'est aussi un fait que c'est bien chez les 15-34 ans où l'abstention était la plus forte. Les 15-34 ans rejetant davantage l'Europe et sa structure ? Ça, aucun commentaire n'appuiera dessus.

     

    Ce "Brexit" est un choix qui appartenait aux Britanniques, et à eux-seuls. Il est tout de même honteux qu'à chaque référendum - et quand celui-ci ne tourne pas à l'avantage d'une "bien-pensance", le peuple vainqueur soit toujours celui des ignorants, des racistes, des xénophobes, des petites gens. Le parallèle, avec les commentaires du "non" français de 2005, est saisissant. Rappelons que les 56% des Français, ayant voté contre le traité constitutionnel, ont été largement placés dans la catégorie des extrémistes, nationalistes ou béotiens. 11 ans plus tard - et un traité de Lisbonne ratifié, copie presque conforme du traité constitutionnel, jamais l'U.E. n'a été aussi vacillante et inégalitaire entre les peuples. Voilà l'Europe de tous ceux qui ont voulu le reniement du vote de 2005, voilà l'Europe voulue par ceux qui refusent de comprendre le "Brexit." Cette Europe qui se dessine, depuis 20 ans, c'est celle de la désunion.


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